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L’église d’Urcel, un village au passé méconnu

Eglise d'Urcel

Les 18 et 19 septembre auront lieu les Journées Européennes du Patrimoine. Un patrimoine ouvert à Tous est un moment privilégié pour partager une pause musicale mêlant Patrimoine axonais et littérature proustienne dans un lieu captivant : l’église Notre-Dame d’Urcel. Le programme du concert s’inspire de l’excursion culturelle vécue par Marcel Proust en 1903 à Urcel ainsi que des œuvres musicales associées à ses œuvres littéraires.

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Et à lire ! La visite continue avec plus de détails, plus d’images

Urcel , Une situation géographique royale…

Urcel a toujours été une voie d’accès au cœur des royaumes successifs de France de Reims à Laon comme Soissons comme le rappelle la route des Rois, référence au voie empruntée pour le sacre vers Reims des premiers rois de France.
Urcel, diminutif du latin d’Urceolus, vase ou poterie, apparaît pour la première fois en 973 après Jc dans la charte de donation à l’abbaye Saint-Vincent de Laon par Rocicon, évêque de Laon, seigneur du village d’Urcel.

Urcel sera donc au carrefour de domaines riches et puissants nobles et religieux, à la pointe des savoirs, techniques et arts médiévaux. L’histoire du village reste très lacunaire, faute d’archives communales brulées en 1836, et disparues lors de l’évacuation du village sur la ligne de Front en 1917. Les noms de rue, les fontaines et les vendangeoirs comme celui de l’érudit Maxime de Sars rappellent les ressources financières, apportées par les bois, les marais, les terres viticoles et agricoles urcelloises au travers les siècles. Accrochée à la forêt, surplombant le village et la fameuse route, l’église Notre Dame témoigne de cette ancienne splendeur médiévale.

Fontaine d’Urcel

L’église Notre-Dame de l’Assomption,
un vestige médiéval

Contemporaine de l’incendie de la cathédrale romane Notre-Dame de Laon (1112-1120), de la fondation de l’ordre des Prémontrés, par Saint Norbert de Xanten dans la forêt de Voas (1121) c’est donc au 12e siècle que la paroisse d’Urcel reçoit les fonds nécessaires, pour bâtir une église. Elle sera donc de style roman. Style artistique européen employé à partir du 11e siècle en Picardie et qui privilégie les volumes sans voûtes, des ouvertures en plein cintre et un foisonnement sculptural et stylistique sur les chapiteaux, colonnettes et porches. Dès le milieu du 12e siècle, l’art roman sera supplanté par les techniques de construction et le style de l’Art Gothique dans toute la Picardie. L’église d’Urcel sera un chaînon de cette transition architecturale.Dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, elle sera classée en 1880 au titre des Monuments Historiques comme exemple d’église romane de transition.

©PicardiedesChateaux

La structure est simple.

  • Un clocher qui reçoit une tribune
  • Une nef centrale de 4 travées flanquée de deux bas-côtés collatéraux.
  • De multiples rouleaux ou boudins et colonnettes caractéristiques du second art roman habillent les ouvertures des bas-côtés et les fenêtres hautes.

Toute la partie occidentale est sans voûtes de pierres. Les arcs diaphragmes soulagent les charpentes ouvrant l’espace vers le sanctuaire. A l’extérieur, sa toiture en bâtière permet d’admirer la frise sculptée de motifs végétaux et animaliers.

Le sanctuaire se compose d’une abside voûtée en cul-de-four dédiée à la Vierge et de deux absidioles, dédiée à Saint-Nicolas et aux litanies de la Vierge.

Vue sur le cœur ©PicardiedesChâteaux

En plus du dénivelé qui sépare la nef, la croisée puis le chœur, présente un arc triomphal richement décoré d’entrelacs, de pommes de pins et roses donnant toute sa prestance au sanctuaire et fluidifie le regard.

Vue d’ensemble sur la toiture en lauzes ©PicardiedesChâteaux

A l’extérieur, le chœur rayonnant couvert de lauzes (tuiles plates) se distingue nettement de la nef et des bas-côtés. Un campanile les surmonte. Le clocher richement décoré termine la silhouette, la galerie – porche aux fûts et chapiteaux ornementés a été ajoutée quelques années après la construction médiévale de l’église. En effet ; la base du clocher servait initialement de porche à l’église. Cet ajout d’inspiration champenoise assoit davantage les étages supérieurs du clocher.

Frise à doubles cordon et clocher de l’Église ©PicardiedesChâteaux

Du clocher au chevet, la frise à doubles cordon et  chapiteaux font place à une sculpture expressive qui raconte un langage médiéval et liturgique empreint de mystère.

L’Art Roman 

L’église d’Urcel a reçu un traitement stylistique luxueux daté du second quart du 12e siècle. La conservation d’une partie de sa sculpture romane à l’intérieur comme à l’extérieur rend l’édifice exceptionnel. Elle traduit un univers d’un monde médiéval connu et inconnu. On retrouve donc à Urcel, un véritable catalogue de thèmes et motifs d’inspirations antiques, orientales et franques côtoie la faune et la flore locale du 12e siècle, inspirés par les collections et les trésors conservés dans les bibliothèques des abbayes de Laon.

La galerie-porche ©PicardiedeChâteaux

La galerie-porche se compose de quatre colonnettes à chapiteaux cubiques surmontant un mur-bahut qui donne la sensation d’un cloître miniaturisé. Chaque élément sculpté fait écho aux courants artistiques d’ici et d’ailleurs : 

  • les fûts à chevrons cannelurés, de gaufrures….
    • les damiers, les cubes des chapiteaux tours
    • entrelacs, rinceaux,  motifs irlandais et normands corbeilles végétales
    • la roue, vannerie motifs géométriques, emploi et expression artistique franque
    • les quadrupèdes :  motif chrétien oriental
Entrelacs, rinceaux et motifs apportent finesse et délicatesse à l’édifice ©PicardiedesChâteaux

Il s’agit ici bien plus qu’un exemple de l’expressivité romane d’inspiration antique, orientale et franque, l’église d’Urcel est aussi un livre ouvert vers un bestiaire fantastique.

Le Bestiaire Fantastique


un Herbier médiéval

Le parcours spirituel de l’église Notre-Dame d’Urcel

L’iconographie exceptionnel sculpté sur les chapiteaux de la nef est un fil conducteur liturgique, une sorte de manuel du pourquoi devenir chrétien, une réclame promotionnelle en faveur de l’église chrétienne du 12e siècle et des préoccupations des urcellois quand on sait que l’éducation populaire se faisait par l’image et à l’oral.

Il récapitule le cheminement qu’affrontent les chrétiens pour arriver comme le Christ et Marie vers une Rédemption.

Au commencement (pilier bas-côté nord chapiteau) était le Jardin d’Eden  (végétation orientale, luxuriante) puis vient la faute et l’expulsion d’Eve et d’Adam du Paradis par Dieu ( pilier bas-côté sud – …Rebondissant de chapiteau en chapiteau,  un bestiaire fantastique rappelle le combat du Bien contre le Mal. La symbolique de l’Eau comme purification, écho au baptême christique et donc à la Rédemption.

Enfin, une place dédiée à l’avènement de Marie qui rachète symboliquement la faute d’Eve et de toutes les femmes impures vous mènera jusqu’au sanctuaire.

L’Eglise d’Urcel, les aléas du temps

L’édifice a, au travers les grands événements de l’histoire subit les aléas du temps.

Mais ce sont les combats de la Première Guerre Mondiale qui meurtrissent toute la partie orientale de l’église. Fort heureusement, le sanctuaire du 12e siècle est peu touché. Un atout pour préserver l’authenticité médiévale de l’église classée et fort bien connue grâce aux campagnes photographiques du service des Monuments Historiques. En 1928 Il est décidé de reconstruire l’église à l’identique. Le chantier est mené par Jean Trouvelot[1], né à Soissons et jeune architecte adjoint des Monuments historiques.


[1] Il finira architecte en chef de l’Aisne en 1933. Jean Trouvelot décède à Paris en 1985. On lui doit la restauration de château de Vincennes, les thermes de Cluny à Paris, du château et de l’église de la Madeleine à Châteaudun et à la demande d’André Malraux, le dégagement des fossés de la colonnade du Louvre.

Les verrières Art Déco de Notre Dame d’Urcel

Jean Trouvelot commande donc 7 vitraux auprès de Louis Mazetier, peintre et cartonnier et Marcel Delange, maître-verrier de réaliser les vitraux de l’église.

Les scènes de la Vie de la Vierge sont présentées dans la chapelle axiale, ses litanies dans la chapelle sud.

l’Assomption est au centre de la chapelle

Anne et Joachim, de retour du désert après que l’Ange lui eût annoncé que sa femme lui donnerait une fille.

(Inscription : Anne et Joachim à la porte dorée.)

La Baie de droite, elle est signée par L. Mazetier. C’est une Présentation au Temple. Comme le décrit si bien Yves-Jean RIOU, les parents de Marie sont au 1er rang.  Marie a gravi les marches pour s’approcher du prêtre, mains levées en geste d’accueil. 3 personnages dotés de curieuses coiffes rouges toutes différentes (photos) animent le fond la scène.

            En plus d’une rosace, chaque chapelle accueille un vitrail de belle dimension.

Dans l’absidiole de gauche, Saint-Nicolas

Dans l’absidiole sud : les Litanies de la Vierge écrites en latin :

* Tour marron (turris Eburnea)
* Un char égaré entre le soleil et une lune ( CURRUS GLORIAE)
* Un buisson en flammes ( RU/BUS/IN/COM/BUS/TU)°

            Juste au-dessus de l’arc triomphal ; deux plus petites baies complètent les Lituanies (STELLA MATUTINA  +  TURRIS DAVIDICA) (photo). Elles reprennent un camaïeu de bleu-gris rehaussé de quelques touches de rouge et de jaune, une composition identique à l’église de Bichancourt, pour exemple.

La collaboration de Louis Mazetier et Marcel Delange se retrouve dans plusieurs chantiers d’églises de la Reconstruction. Elle est identifiable par le soin apporté à la grisaille, la délicatesse des visages, la richesse de la palette picturale qui apporte expression des personnes, relief aux étoffes, aux scènes.

Une porte d’entrée au rêve, à l’évasion musicale proustienne.

QuatorTalich – Foto:Radek Kalhous

ADAMA, Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne, vous donne rendez-vous à Eglise Notre Dame d’Urcel, sur les pas de Marcel Proust, mélomane passionnée par Wagner, Debussy ou encore Chopin, pour un concert « Aux Marches du Siècle » par le Quator Talich, double violons, alto et violoncelle le dimanche 19 septembre prochain. 
Un Rendez-vous à ne pas manquer ! dans la plus jolie église romane de cette partie de la France » écrit Proust, découverte par l’auteur lors de ces balades en ces lieux.

Dimanche 19 septembre – 16h30
Tarif plein 20 € Tarif réduit 15 €

L’église d’Urcel de par son histoire et ses décors, est une porte toute trouvée pour sentir ce fonds mystérieux tant recherché par Proust.


Remerciements

Monsieur Le Maire d’Urcel

Madame De Tréglodé pour son accueil

Les bibliothécaires des fonds patrimoniaux des villes de  Laon (Suzanne Martinet) et de Soissons ( André Malraux)

Les Archives diocésaines de Soissons

Pour les prises de vue : les services techniques de la Communauté de Communes Picardie des Châteaux ,

L’office de tourisme Intercommunal Cœur de Picard


Remerciement tout particulier

Madame et Monsieur Legé pour leurs documentations, le temps consacré aux visites et en entretien pour préparer ce podcast.

Habitante depuis 1986 d’Urcel. Tombée sous le charme de ce village.  
Son terrain de jeu favori est le patrimoine religieux local autour de Laon. 
Mme Légé a toujours souhaité comprendre et faire partager les savoirs  humains, artistiques et  religieux mis en œuvre pour la réalisations de ces petits ou grands chefs-d’œuvres.  C’est par passion et pour le plaisir de partager , de transmettre à toute personne admirative ou désireuse de percer les secrets de ces monuments qu’elle et son mari ont rédigé une brochure sur l’ église Notre-Dame d’Urcel. Avec son mari, Daniel Légé, collectionneur de cartes postales, ils ont écrit et publié plusieurs ouvrages sur le patrimoine du territoire.


Crédit photo image principale ©J.Halâtre-OTCœurdePicard

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